Maison basse, aux légers volets de natte rose
Clos sur la sieste des varangues de midi,
Torpeur de vieux quartier sous-le-vent, dont je n’ose
Troubler d’un pas vivant le silence engourdi !
Maison basse où le vent tourmente comme un rêve
Un hamac oublié qui revient comme un chant,
Où le perron, parmi les lianes qu’on soulève,
S’inquiète de l’écho que j’éveille en marchant !
L’Océan seul emplit, comme un doux coquillage,
Ta frêle âme sonore en sa viduité,
Ariane exilée aux arches du feuillage,
Et poursuivant sans but ton cher songe écarté !…
… Ce jour d’automne, avec de la pluie et des roses,
Ma nostalgie encor s’épuise à te songer,
Douce maison créole aux tièdes volets roses,
Parmi les chutes d’or des lianes au verger !
Je laisse ma tristesse – Oh ! vers toi qui demeures ! –
Aller ; je laisse aller mon cœur qui se souvient…
Le soleil lentement tourne au cadran des heures…
Sur les Mornes d’azur le Soir, le long Soir vient.
Auguste Brunet (1878 † 1957), Maison basse, Exils dorés des îles (1920).