Empourprement des monts quand le soleil décline,
Odeur des sangs-dragon et des frangipaniers,
Vision de beaux corps ployant sous les paniers
Pleins de fruits savoureux mûris sur la colline ;
Mer qui revêts le soir une teinte opaline,
Panaches des bambous, bouquets des lataniers
Ouvrant vos éventails aux souffles printaniers,
Saint Gilles, Florimont, Bernica, la Saline !
Charmes puissants des lieux où nous eûmes vingt ans,
Mêlant aux souvenirs des désirs palpitants
Dans le cœur de celui dont la course est finie.
Quand il faudra quitter la terre où je me plus,
C’est vous, parfums, couleurs, contours pleins d’harmonie,
Que mon âme, à la mort, regrettera le plus.
Auguste de Villèle (1858 † 1943), Dernier regret (décembre 1886), in Rayons de miel, 1926.
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Quelques notes de botaniques sur ce poème Dernier regret d’Auguste de Villèle
- Le sang-dragon, originaire d’Asie, a été introduit à l’Ile de La Réunion en 1830. Il tire son nom pittoresque du fait que lorsque cet arbre – qui peut atteindre jusqu’à 30 mètres – est blessé, son écorce laisse s’épancher une sève rouge. Cette sève rouge fut recherchée car elle était employée en teinture pour teindre la fibre de toutes sortes de tissus et vêtements. Plus d’informations sur le sang-dragon à La Réunion.
- Le frangipanier est un arbuste élégant originaire d’Amérique centrale, et pouvant atteindre jusqu’à 6 mètres de haut. Si la beauté de ses fleurs lui ont acquis une place de choix dans les jardins créoles, plus particulièrement dans l’Ouest de l’île, sa sève prend la forme d’un lait blanchâtre à forte toxicité. Avertissez vos enfants ! Plus d’informations sur le frangipanier à La Réunion.
- Originaire d’Asie, diverses espèces de bambous se sont très facilement acclimatées à La Réunion, au point d’y être déclarée comme espèce potentiellement envahissante. Plus d’informations sur le bambou à La Réunion.
- Les lataniers sont des palmiers endémiques de l’archipel des Mascareignes, auquel appartient La Réunion. Ils donnent des fruits jadis consommés (les « pommes lataniers »). Menacés de disparition à l’état naturel, ils ont été activement plantés dans les espaces publics. Plus d’informations sur le latanier à La Réunion.