
Dans l’air léger, dans l’azur rose,
Un grêle fil d’or rampe et luit
Sur les mornes que l’aube arrose.
Fleur ailée, au matin éclose,
L’oiseau s’éveille, vole et fuit
Dans l’air léger, dans l’azur rose.
L’abeille boit ton âme, ô rose !
L’épais tamarinier bruit
Sur les mornes que l’aube arrose.
La brume qui palpite et n’ose,
Par frais soupirs s’épanouit
Dans l’air léger, dans l’azur rose.
Et la mer, où le ciel repose,
Fait monter son vaste et doux bruit
Sur les mornes que l’aube arrose.
Mais les yeux divins que j’aimais
Se sont fermés, et pour jamais,
Dans l’air léger, dans l’azur rose !
Charles Leconte de Lisle (1818 † 1894) – Dans l’air léger – Villanelle – Derniers Poèmes.
Notes : comme chef du Parnasse, Charles Leconte de Lisle se devait de faire revivre la vieille forme poétique de la villanelle, populaire en France au cours du XVIème siècle. Théodore de Banville l’avait devancé en relançant la mode de la villanelle dès 1845.
Les villanelles du XVIème siècle proviennent d’une imitation française des chansons italiennes connues sous le nom de villanella ; la mode en fut lancée en France par Jacques Grévin. Elles n’avaient pas en France – comme leur modèle italien – une forme poétique très stricte : en général, cette poésie est composée de tercets alternant seulement deux rimes, avec reprises en alternances des deux vers de même rime du premier tercet dans chaque strophe, comme de lancinants refrains.
Cette forme poétique, imitée de danses rustiques, étaient particulièrement adaptées pour que le poète chante les beautés pastorales et les amours qui s’y épanouissent.
La forme canonique de la villanelle poétique française a été définie – quelque peu arbitrairement – au XIXème siècle par Joseph Boulmier à partir de systématisation de poésies du XVIIIème siècle. Cette forme « officielle » de la villanelle comprend cinq tercets et un quatrain final. Tous les vers ne connaissent que deux rimes. Les deux vers du premier tercet possédant la même rime sont repris en alternance dans les tercets deux à quatre, puis sont repris tous les deux ensembles dans le quatrain final. Soit le schéma suivant :
Refrain 1 rime 1
Vers rime 2
Refrain 2 rime 1
Vers rime 1
Vers rime 2
Refrain 1 rime 1
Vers rime 1
Vers rime 2
Refrain 2 rime 1
Vers rime 1
Vers rime 2
Refrain 1 rime 1
Vers rime 1
Vers rime 2
Refrain 2 rime 1
Vers rime 1
Vers rime 2
Refrain 1 rime 1
Les villanelles du XVIème siècle suivaient des schémas moins strict. Ce que fait ici Charles Leconte de Lisle dans cette villanelle « Dans l’air léger », où la forme qu’il adopte suit le schéma canonique, sauf pour la dernière strophe qui n’est pas un quatrain final, mais un tercet. ne comporte pas de quatrain final (il aurait suffit de rajouter
« Dans l’air léger, dans l’azur rose ! » à la fin du dernier tercet pour que sa villanelle respecte la forme définie par Joseph Boulmier :
Refrain 1 rime 1
Vers rime 2
Refrain 2 rime 1
Vers rime 1
Vers rime 2
Refrain 1 rime 1
Vers rime 1
Vers rime 2
Refrain 2 rime 1
Vers rime 1
Vers rime 2
Refrain 1 rime 1
Vers rime 1
Vers rime 2
Refrain 2 rime 1
Vers rime 1
Vers rime 2
Refrain 1 rime 1