L’Orbe d’Or – Charles Leconte de Lisle (1818 † 1894)

L'Orbe d'or - Charles Leconte de Lisle - Poésie réunionnaise - Le Pétrel BlancL’orbe d’or du soleil touché des cieux sans bornes
S’enfonce avec lenteur dans l’immobile mer,
Et pour suprême adieu baigne d’un rose éclair
Le givre qui pétille à la cime des mornes.

En un mélancolique et languissant soupir,
Le vent des hauts, le long des ravins emplis d’ombres,
Agite doucement les tamariniers sombres
Où les oiseaux siffleurs viennent s’assoupir.

Parmi les caféiers et les cannes mûries,
Les effluves du sol, comme d’un encensoir,
S’exhalent en mêlant dans le souffle du soir
A l’arôme des bois l’odeur des sucreries.

Une étoile jaillit du bleu noir de la nuit,
Toute vive, et palpite en sa blancheur de perle ;
Puis la mer des soleils et des mondes déferle
Et flambe sur les flots que sa gloire éblouit.

Et l’âme qui contemple, et soi-même s’oublie
Dans la splendide paix du silence divin,
Sans regrets ni désirs, sachant que tout est vain,
En un rêve éternel s’abîme ensevelie.

Charles Leconte de Lisle (1818 † 1894) – L’Orbe d’or, Poèmes tragiques, 1886.

Paysage – Louis Ozoux (1869 † 1935)

Paysage - Louis Ozoux - Le Pétrel BlancL’air chaud vibre et scintille ; au ciel immense et bleu,
Le soleil de midi par nappe d’or ruisselle ;
De l’océan au mont toute chose étincelle
Et frémit par moments à des souffles de feu.

Tout ce qui vit est en torpeur : oiseau verbeux,
Laboureur attardé sous la basse tonnelle,
Zébu de Vohémar gavé d’herbe nouvelle,
Battant de son fouet dur son dos rude et gibbeux.

Un silence splendide empli de senteur lourde
Etreint le delta gris ; et la campagne gourde
Rêve d’orages dans son assoupissement.

Soudain au faîte de la plus haute tige
Une flamme écarlate apparaît et voltige :
Le Cardinal se pose avec un crissement.

Petite-Ile, 1912.

Louis Ozoux (1869 † 1935), Paysage 1912, Poèmes réunionnais 1939.

Quelques notes sur ce poème Paysage de Louis Ozoux

  • Le zébu est un bovin descendu de l’auroch préhistorique. Cette race est originaire de la péninsule indienne, d’où elle est passée en Afrique de l’Est. Ce bovidé est principalement caractérisé par sa bosse graisseuse sur son dos au niveau du garrot. Cette bosse, plus importante chez les mâles, possède la propriété de se gonfler de nutriments en période faste afin de servir de réserve de nourriture à l’animal en temps de disette.
  • Le Vohémar est une province côtière du Nord-Est de Madagascar, au paysage baigné par l’Océan Indien, dont la douceur a contribué à la renommée de ses richesses agricoles. Cette région se situe au Sud de Diego-Suarez, le grand port du Nord, bien connu des Réunionnais de cette époque. Elle a pour chef-lieu la ville portuaire de Vohémar (en Malgache moderrne : Vohimarina na Iharan̈a), dont l’origine remonterait au XIIIème siècle. Le zébu de Vohémar possède quelques caractéristiques propres qui le distingue des autres zébus de Madagascar : ce sont des animaux plus petits, plus trapus que le zébu commun de Madagascar.
  • Le Cardinal est oiseau de la Réunion à plumes d’un rouge vif. Appelé aussi « Mâle rouge », il est nommé Conge en Métropole.

Maison basse – Exils dorés des îles – Auguste Brunet (1878 † 1957)

Maison basse - Auguste Brunet - Poésie réunionnaise - Le Pétrel BlancMaison basse, aux légers volets de natte rose
Clos sur la sieste des varangues de midi,
Torpeur de vieux quartier sous-le-vent, dont je n’ose
Troubler d’un pas vivant le silence engourdi !

Maison basse où le vent tourmente comme un rêve
Un hamac oublié qui revient comme un chant,
Où le perron, parmi les lianes qu’on soulève,
S’inquiète de l’écho que j’éveille en marchant !

L’Océan seul emplit, comme un doux coquillage,
Ta frêle âme sonore en sa viduité,
Ariane exilée aux arches du feuillage,
Et poursuivant sans but ton cher songe écarté !…

… Ce jour d’automne, avec de la pluie et des roses,
Ma nostalgie encor s’épuise à te songer,
Douce maison créole aux tièdes volets roses,
Parmi les chutes d’or des lianes au verger !

Je laisse ma tristesse – Oh ! vers toi qui demeures ! –
Aller ; je laisse aller mon cœur qui se souvient…
Le soleil lentement tourne au cadran des heures…
Sur les Mornes d’azur le Soir, le long Soir vient.

Auguste Brunet (1878 † 1957), Maison basse, Exils dorés des îles (1920).

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