Mon cœur brûlant au songe anxieux de l’Eté
Evoque, en la clarté brusque du jour d’orage,
Le vieux toit sommeillant dans le tiède feuillage
Au miroir du vivier rosement refflété ;
Et l’allée où le vent soulevant la charmille,
Dans un émoi chantant de prochaine forêt,
A l’air de chuchoter un vague et long secret
Dont se souvient le banc, doux veilleur de la grille.
… Tu venais, sous ton grand chapeau de vétyver,
Avec un pointillé de jour rose au visage,
Ombre légère, enfant très rieuse et sage,
La vibrante chaleur animait ton teint d’air.
Les cloches n’étaient plus au ciel tremblant et vide
Qu’un murmure d’azur, la cascade qu’un chant,
La tonnelle qu’un flot de parfums s’épanchant
Au silence porté par le bassin sans vide…
Je verrais de l’auvent au blond store baissé,
Le long de la pelouse où brille la volière,
Ta robe chatoyante et la fine lumière
De ton chapeau de paille odorant et tressé.
Je ferme un peu les yeux pour te voir apparaître
Dans le doux cadre ancien où je pressens ton pas :
Le vieux salon à flore éteinte de lampas !
S’est ébloui soudain, lui qui dormais peut-être !
… Je songe à cet amour comme au plus tendre jeu
De notre claire enfance, au miel doré des mangues,
A ton rire de colibri sous les varangues,
A la mer somnolente et grise vers Saint-Leu…
De longs vols de ramiers attristent le soir bleu.
Auguste Brunet (1878 † 1957), Mon cœur brûlant au songe, Exils dorés des îles, 1920.
Fils de Louis Brunet, qui fut député puis sénateur de La Réunion de 1893 à 1905, Auguste naquit à Saint-Benoît en 1878. De brillantes études de droit à Paris le conduisirent jusqu’au doctorat. Dès 1900, encore étudiant, il collabora, avec Marius et Ary Leblond pour la fondation de la revue La Grande France, où il publia de nombreux poèmes. Entré dans la carrière administrative, il fut le Chef de Cabinet de plusieurs ministres, puis Secrétaire Général du Dahomey et Gouverneur par interim de la Nouvelle-Calédonie.