Mon cœur brûlant au songe – Auguste Brunet (1878 † 1957)

Mon cœur brûlant au songe - Auguste Brunet - Poésie réunionnaise - Le Pétrel BlancMon cœur brûlant au songe anxieux de l’Eté
Evoque, en la clarté brusque du jour d’orage,
Le vieux toit sommeillant dans le tiède feuillage
Au miroir du vivier rosement refflété ;

Et l’allée où le vent soulevant la charmille,
Dans un émoi chantant de prochaine forêt,
A l’air de chuchoter un vague et long secret
Dont se souvient le banc, doux veilleur de la grille.

… Tu venais, sous ton grand chapeau de vétyver,
Avec un pointillé de jour rose au visage,
Ombre légère, enfant très rieuse et sage,
La vibrante chaleur animait ton teint d’air.

Les cloches n’étaient plus au ciel tremblant et vide
Qu’un murmure d’azur, la cascade qu’un chant,
La tonnelle qu’un flot de parfums s’épanchant
Au silence porté par le bassin sans vide…

Je verrais de l’auvent au blond store baissé,
Le long de la pelouse où brille la volière,
Ta robe chatoyante et la fine lumière
De ton chapeau de paille odorant et tressé.

Je ferme un peu les yeux pour te voir apparaître
Dans le doux cadre ancien où je pressens ton pas :
Le vieux salon à flore éteinte de lampas !
S’est ébloui soudain, lui qui dormais peut-être !

… Je songe à cet amour comme au plus tendre jeu
De notre claire enfance, au miel doré des mangues,
A ton rire de colibri sous les varangues,
A la mer somnolente et grise vers Saint-Leu…

De longs vols de ramiers attristent le soir bleu.

Auguste Brunet (1878 † 1957), Mon cœur brûlant au songe, Exils dorés des îles, 1920.

Maison basse – Exils dorés des îles – Auguste Brunet (1878 † 1957)

Maison basse - Auguste Brunet - Poésie réunionnaise - Le Pétrel BlancMaison basse, aux légers volets de natte rose
Clos sur la sieste des varangues de midi,
Torpeur de vieux quartier sous-le-vent, dont je n’ose
Troubler d’un pas vivant le silence engourdi !

Maison basse où le vent tourmente comme un rêve
Un hamac oublié qui revient comme un chant,
Où le perron, parmi les lianes qu’on soulève,
S’inquiète de l’écho que j’éveille en marchant !

L’Océan seul emplit, comme un doux coquillage,
Ta frêle âme sonore en sa viduité,
Ariane exilée aux arches du feuillage,
Et poursuivant sans but ton cher songe écarté !…

… Ce jour d’automne, avec de la pluie et des roses,
Ma nostalgie encor s’épuise à te songer,
Douce maison créole aux tièdes volets roses,
Parmi les chutes d’or des lianes au verger !

Je laisse ma tristesse – Oh ! vers toi qui demeures ! –
Aller ; je laisse aller mon cœur qui se souvient…
Le soleil lentement tourne au cadran des heures…
Sur les Mornes d’azur le Soir, le long Soir vient.

Auguste Brunet (1878 † 1957), Maison basse, Exils dorés des îles (1920).

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